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Varta dépose le bilan à cause d'Apple

Par Vincent Lautier - Publié le

Le groupe allemand Varta, qui fournissait à Apple les piles bouton rechargeables des AirPods, a déposé quatre demandes d'insolvabilité le 24 juillet devant le tribunal de Stuttgart. Apple a transféré cette production en Chine au printemps et les actionnaires, Porsche et Michael Tojner, ont refusé de renflouer l'entreprise. L'usine de Nördlingen ferme en octobre, environ 350 postes disparaissent.

Varta dépose le bilan à cause d'Apple


Une marque connue, un créneau très technique



Le nom Varta vous dit forcément quelque chose, ne serait-ce que pour les piles vendues en supermarché sous cette marque. Le groupe allemand, qui emploie plus de 4000 personnes dans le monde, fabriquait aussi des produits nettement plus spécialisés, dont les CoinPower, des piles bouton rechargeables miniatures, autrement dit de petites batteries rondes, un créneau très technique où il faisait figure de référence et que l'on retrouve dans chaque écouteur AirPods. Apple représentait de très loin le premier débouché de cette activité, ce que les industriels appellent un client d'ancrage, un client tellement gros que l'usine bavaroise de Nördlingen tournait en grande partie pour lui.

Varta dépose le bilan à cause d'Apple


Apple part et le compte n'y est plus



Au printemps 2026, la firme de Cupertino a résilié les contrats, autour du mois de mai, pour confier cette fabrication à des fabricants asiatiques, avec des livraisons qui se prolongent jusqu'en octobre environ avant un basculement complet vers l'Asie. Aucun autre client ne pesait un tel volume. Il manquait quelques dizaines de millions d'euros pour simplement continuer à faire tourner l'activité, une somme que personne n'a voulu avancer.

Des actionnaires qui ne veulent plus payer



Le problème ne date pas de cette année. Varta traînait une dette lourde et une première tentative de redressement, menée à l'été 2024 dans le cadre du StaRUG, une procédure allemande qui permet de restructurer la dette d'une société sans la placer en faillite, n'avait rien réglé, d'autant que le groupe est passé dès l'automne suivant sous les objectifs de performance fixés avec ses financiers. Restait à trouver de l'argent frais. Le constructeur Porsche AG et l'investisseur autrichien Michael Tojner, les deux actionnaires, ont refusé d'en apporter. Le 24 juillet, la direction a donc déposé quatre demandes d'insolvabilité devant le tribunal de Stuttgart, ce qui correspond à un dépôt de bilan, la démarche par laquelle une entreprise reconnaît qu'elle ne peut plus honorer ses dettes.

Varta dépose le bilan à cause d'Apple


Fermeture en octobre et vente à la découpe



Le site de Nördlingen fermera en octobre 2026 et la fabrication de piles bouton s'arrêtera à cette date, ce qui supprime environ 350 postes. CellForce, une coentreprise détenue avec Porsche dans les batteries de voitures électriques et forte d'une cinquantaine de salariés, est liquidée elle aussi. Pour la suite, les créanciers, parmi lesquels la Deutsche Bank et des fonds comme RBC BlueBay, Blantyre ou Whitebox, poussent pour reprendre la branche des piles domestiques, celles que vous achetez en supermarché, tandis que Tojner s'intéresse à la division micro-batteries. La marque devrait donc survivre sous une forme ou une autre, mais l'entreprise telle qu'elle existait disparaît.

On en dit quoi ?



On retiendra surtout la mécanique de cette chute. Vivre d'un client d'ancrage a longtemps assuré à Varta des volumes et des revenus réguliers, sauf que voilà, le jour où Apple a choisi la Chine, il ne restait rien pour compenser, ni deuxième client de ce calibre, ni trésorerie pour tenir, et les actionnaires ont regardé le dossier avant de fermer la porte. On comprend leur calcul, ce qui ne rend pas la note moins salée pour les salariés de Nördlingen. Pour l'Europe, qui répète vouloir garder des usines de batteries sur son sol, l'épisode tombe mal, et il rappelle qu'un fournisseur dépendant d'un seul géant ne décide plus jamais de son propre avenir.